Saviez-vous que nos déchets sont mis en cubes avant d'être enfouis dans le site d'enfouissement à Coaticook? Eh oui, depuis le mois de mai dernier, les déchets ne sont plus enfouis tels quels, ils sont compactés en ballots dans une presse. Mais pourquoi donc se donner tant de mal?
Il était une fois...
Dans le passé, les opérations du site d'enfouissement étaient effectuées par l'entreprise Gestion Sanitaire M&M au coût de 24 375 $ par mois. Les déchets étaient alors déposés directement dans le site et étaient compactés sur place à l'aide d'un compacteur à déchets traditionnel. Le contrat d'opération étant venu à échéance en janvier 2009, la Régie intermunicipale de gestion des déchets solides de la région de Coaticook, qui est propriétaire du site, a pris en charge ses opérations d'enfouissement. Toujours à l'affût de procédés innovateurs pour optimiser son lieu d'enfouissement, la Régie a décidé de se tourner vers un procédé encore non utilisé au Québec.
Inspirée du lieu d'enfouissement de Frédéricton au Nouveau-Brunswick, la Régie a acquis les équipements nécessaires pour mettre les déchets en ballots. Pour ce faire, elle a érigé un bâtiment de 6 400 pieds carrés (80'x 80') dans lequel les camions de collecte de déchets vont décharger leur contenu. Un chargeur pousse ensuite les matières dans un convoyeur qui les achemine à une presse. Les déchets en ressortent en ballots bien compactés de 1 à 1,2 tonne. Ces ballots sont ensuite empilés de façon ordonnée dans la cellule d'enfouissement. Oui, oui, comme des balles de foin dans la grange!
L'acquisition de la presse et la construction du dôme de réception, ainsi que l'achat d'un chargeur et d'une remorque représentent un investissement de 1,5 M $. Le chargeur est également utilisé pour le mélange et retournement du compost.
Des avantages insoupçonnés
Ce procédé offre de nombreux avantages. Premièrement, il assure une compaction optimale en tout temps, peu importe la saison et les conditions ou l'humeur de l'opérateur. On peut donc placer plus de déchets dans le même espace. De plus, comme on peut empiler les ballots d'une manière très stable, on peut optimiser l'angle de la pente en bordure de la cellule. Ceci permet d'augmenter la capacité de la cellule d'enfouissement. Avec l'utilisation de la presse, on a presque doublé la durée de vie du site.
Deuxièmement, on réduit la quantité de matériel de recouvrement journalier requis. En effet, à la fin de chaque jour, on doit recouvrir les déchets d'une couche de sable ou autre, afin d'éviter l'éparpillement des papiers. Comme les ballots sont compacts et qu'ils offrent une surface relativement lisse, on utilise beaucoup moins de sable. De plus, comme les ballots sont très denses, on n'a plus besoin d'ajouter du matériel granulaire pour la construction de chemins à l'intérieur de la cellule d'enfouissement. En 2008, avant l'utilisation de la presse, on a mis autant de sable et de matériel granulaire dans le site d'enfouissement qu'on a mis de déchets. Quel gaspillage!
Finalement, un autre avantage du nouveau procédé est que l'on réduit de beaucoup l'éparpillement des sacs de plastique. En effet, comme les déchets sont déchargés à l'intérieur d'un bâtiment, ils ne sont pas exposés au vent et aux oiseaux qui les dispersent dans la nature.
Qui aurait cru qu'un jour, on se donnerait autant de peine à bien ordonner nos déchets. Mais ça ne veut pas dire de remplir nos poubelles pour autant. En cette semaine de réduction des déchets (18 au 24 octobre), je vous mets au défi de minimiser les déchets en maximisant les autres voies de valorisation (récupération et compostage). Mais la clé d'une gestion optimale des déchets est de réduire à la source et de consommer selon nos réels besoins.
Monique Clément
Spécialiste en gestion de l'environnement