Dans ma dernière chronique, je vous entretenais de mes souvenirs d'enfance et plus particulièrement aux moments liés à l'école Louis-St-Laurent. Voilà qu'une petite anecdote, rapportée comme un clin d'œil au sujet d'une partie de balle molle, me lance sur l'histoire du sport à Compton. Je me suis choisi un complice en la personne de M. Benoit Côté qui s'est impliqué de façon assidue à la coordination des sports et loisirs à Compton. Vous le connaissez aussi pour avoir enseigné l'éducation physique à l'école Louis-St-Laurent.
Par Nathalie Lessard
Durant presque deux heures, Benoit et moi avons pris beaucoup de plaisir à échanger. Nous avons convenu de publier une série d'articles dont le premier portera sur l'histoire du baseball, qui est une activité dérivée du cricket, à Compton.
Les plus lointaines réminiscences de Benoit nous ramènent à une grande prairie chez Gérard Audet. Les plus âgés se souviendront qu'une parcelle de cette terre, aujourd'hui occupée par le Camping de Compton, servait de terrain de baseball. Toutefois, il fallait patienter jusqu'à ce que les foins soient faits dans le pré pour aller y jouer!
L'équipe de Compton faisait partie d'une ligue bien structurée qui regroupait les municipalités de Waterville, Ayer's Cliff, Martinville et, croit bien Benoit, Moe's River.
Des noms fusent des confins de sa mémoire : Lucien Renaud, Paul Pollender et Victor Prévost qui couvrait le troisième but. À cette époque, Marcel Poulin était un lanceur redoutable. Qui se souvient de Carol Lapointe, qui a également occupé le monticule? J'ignorais qu'on pouvait manger sur les lieux de l'épicerie actuelle, avant même que Mme Savoie nous étale des bonbons dans son comptoir transparent. Clément Adam, ancien restaurateur, jouait au baseball lui aussi. Benoît Côté, tout comme son frère Jean et Gabriel Veilleux, a débuté comme supplément. Ils n'avaient le privilège de participer que si l'équipe menait à la dernière manche.
L'argent étant le nerf de la guerre : on avait organisé des paris mutuels qui avaient fait s'opposer des gens de tous les âges, à partir de 6 ans, en course à pied. Le Comité des Loisirs s'appropriait la moitié des revenus, le reste étant distribué aux parieurs chanceux. Le terrain s'est ensuite déplacé à l'emplacement actuel de l'école Louis-St-Laurent, c'est-à-dire que là où j'ai tâté un bâton de baseball pour la première fois. De vraies parties y avaient déjà eu lieu : des joutes structurées et ouvertes aux passionnés.
Les frappeurs se tenaient sur les futures fondations de l'édifice qu'on surnommerait « le collège » et s'élançaient vers la coopérative agricole. Il semble que l'équipe adverse était bien embêtée lorsque René Mégré, meilleur receveur de la ligue à cette époque, leur menait la vie dure. Il leur fallait « se prendre de bonne heure » pour voler le deuxième but! M. Mégré s'intéresse encore aux balles et aux bâtons, mais ses pas l'ont plutôt guidé sur les terrains de golf depuis quelques années. Ce n'est pas tout à fait le même élan me direz-vous, mais l'important, c'est de bouger!
Une autre figure marquante de l'époque mérite mention. Il s'agit d'Aimé Raboin dont la sage devise était « on va y aller en marchant », car il n'aimait vraiment pas courir! Ce frappeur gaucher accumulait les circuits et sa balle volait haut et loin. Les arbitres de l'époque doivent certainement avoir été un peu troublés par l'attitude revendicatrice du boulanger du village, Jean-Paul Paquette, qui n'hésitait pas à donner son opinion sur la partie.
Jean-Paul Pépin s'ajoute à la liste en tant que lanceur « engagé » à 10 $ ou 15 $ par partie. Il s'agit bel et bien de l'ancien député de Sherbrooke qu'on avait recruté pour pallier à la pénurie de lanceurs. Un autre nom que je n'ai jamais entendu s'ajoute à la liste, Guy Proteau, que vous connaissez peut-être.
Et voilà que l'école s'est construite et que le terrain a changé de vocation. Toutefois, l'engouement pour le baseball était très fort et les passionnés se sont donné les moyens de continuer : c'est en faisant preuve de créativité et d'opportunisme qu'est né le nouveau « back stop », celui adossé à la meunerie, qui a disparu il y a quelques années lors de l'aménagement du parc-école. Rappelez-vous : il était fabriqué en tuyaux gris. C'était ceux récupérés à la beurrerie qui fermait! C'est d'ailleurs à Benoit Côté que revient le mérite de l'avoir érigé avec le concours de Jean-Paul Veilleux, le mécanicien « patenteux » du village, qui est venu souder tout ça gracieusement. Une belle fin de semaine.
Mais le baseball a disparu, supplanté par le « softball » et le terrain s'est déplacé en arrière du garage Boivin. Jusqu'à quatre équipes ont représenté Compton, dont une formation féminine. C'était l'époque de mon adolescence et le souvenir le plus marquant que j'en garde demeure la persévérance extraordinaire de notre ami Gilles Lefebvre, « Peps » pour les intimes. Ce lanceur, parfois même gérant, a joué pendant plusieurs années, pilier passionné d'un sport où il a vu défiler plusieurs groupes de coéquipiers. À mesure que ceux-ci vieillissaient, ils étaient remplacés par leurs jeunes frères ou voisins.
Débuter une partie à 18 h 30 signifiait monopoliser le terrain jusqu'à la brunante, de sorte que les jeunes enfants ne pouvaient pas s'amuser à cette période. Encore une fois, M. Côté fut de ceux qui ont fait bouger les choses. Il a mis deux ans à coordonner l'installation d'éclairage permanent, à grand renfort de bénévolat, appuyé par le comité des Loisirs. Des octrois du fédéral et du provincial, de même que des levées de fonds, ont permis de financer ce projet d'environ 20 000 $. Il a d'ailleurs coûté plus cher que prévu en raison d'une grève d'Hydro-Québec, mais aussi parce que deux poteaux ont été volés en pleine nuit, lumières incluses. Les malfaiteurs n'ont laissé que la première section de huit pieds. On ne saura jamais si l'équipement a réellement servi à éclairer des plantations « douteuses », mais c'est l'opinion véhiculée à l'époque.
Les années ont passé, de même que la mode du « softball », « fast ball », « slow pitch » et autres jeux du même acabit. Mais n'allez pas imaginer que l'histoire du sport s'arrête là : Benoit a encore bien des sujets à couvrir. Toutefois, j'espère bien que plusieurs d'entre vous suivront son exemple et que cette chronique ne sera que la première d'une longue série alimentée par une foule de lecteurs engagés.
Je vous invite à communiquer avec moi : 819-835-5617 ou nathalie.lessard@axion.ca. Vos commentaires, idées et photographies m'aideront à demeurer fidèle au poste, chaque mois. Merci!
« Tournoi familial »
L'utilisation sportive la plus rassembleuse du terrain de balle fut, à mon avis, le tournoi familial de 1981, celui qui a eu lieu pendant le 125e de la paroisse. La famille Lessard a été fière d'y participer.
« Tournoi familial »