Fernand Gilbert et Thérèse Godin, qui ont tous les deux 84 ans (moins quelques poussières et Mme Gilbert y tiennent à ces petites soustractions), ont décidé, il y a peu de prendre leur retraite. À Scotstown, ils ont consacré 57 ans de leur vie à déposer dans les boîtes aux lettres rurales des factures, des colis et sûrement des mots d'amour.
Après l'assermentation, ils ont commencé le 1er mars 1953 à distribuer le courrier à leur compte. Pendant les deux premiers hivers de leur contrat, c'est en voiture à cheval que M. Gilbert le livrait. Il parcourrait alors 15 milles de route dans le secteur nord-est de Scotstown. Plus tard, Postes Canada a procédé à de nombreux remaniements qui ajoutaient quotidiennement, ces derniers temps, quelque 58 km. En 2004, ils sont devenus employés de l'État. Il en déduit: « Si nous avions été employés plutôt qu'entrepreneurs durant tout ce temps, nous aurions une fichue de belle pension aujourd'hui».
«Dans le Dell, rappelait M. Gilbert, il y avait plusieurs fermes. Certains cultivateurs trayaient une quinzaine de vaches, ce qui était beaucoup à l'époque». Leur mémoire bien vaillante, ils se remémoraient le nom des habitants chez qui ils livraient le courrier dans les premiers temps. «Plus rien de ça n'existe, constataient-ils, aujourd'hui, ces lots sont complètement reboisés».
Dans les années 50 à 70, se rappelait ce couple de facteurs ruraux, il y en avait de la neige. Il racontait que la charrue en montait des bancs assez hauts qu'on pouvait toucher aux fils téléphoniques à certains endroits et les chemins n'étaient pas aussi bien entretenus qu'aujourd'hui...
Mme Gilbert se rappelle qu'elle a dû apprendre à conduire par elle-même leur première camionnette à transmission manuelle. «Ça n'a pas été facile au début, mais j'y suis arrivée. Depuis quelques années, nous livrons le courrier à deux pour éviter de trop nous étirer dans l'auto, parce que ceux qui le font seuls se blessent souvent au dos. Imaginez-vous, vous étirer 100 fois par jour pour déposer à bout de bras une lettre dans la boîte».
M. Gilbert mentionne qu'ils n'ont pas eu souvent de mésaventures sur la route. «Il est bien arrivé quelques fois qu'on s'enfonce dans une «calvette» lavée par la crue des eaux, qu'on défonce quelques pneus, mais jamais rien d'important ne nous est arrivé. On essayait d'éviter les accidents parce qu'il aurait fallu porter le sac sur notre dos pour trouver du secours, ajoute-t-il en souriant. On ne pouvait pas l'abandonner».
Les Gilbert ont toujours été très actifs. Commerçants, propriétaires de lots boisés, hôteliers pendant quelques années, ils viennent de décider de s'asseoir enfin pour boire tranquillement leur tasse de thé.
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Fernand Gilbert et Thérèse Godin se reposent après quelque 57 ans à distribuer le courrier rural.