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  JOURNAL LE HAUT-SAINT-FRANÇOIS / La une

Les pompiers font du cinéma


15 septembre 2009
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par Eliane THIBAULT

 

En devenant pompier, il est rare que ces derniers aient à jouer la comédie. Il est tout aussi inusité d'apprendre qu'ils ont eux-mêmes provoqué un incendie pour arriver à leurs fins. Pourtant, c'est ce qui est arrivé durant l'été. Non, vous ne verrez pas le visage de ces sapeurs-pompiers sur les tablettes de votre club vidéo prochainement, mais plutôt dans les salles de classe où de futurs enquêteurs en incendie sont formés.

 

L'enquêteur technique Éric Cloutier du service des incendies de Cookshire-Eaton et le directeur de la régie des incendies d'East Angus, Westbury et Ascot Corner, Albert Lemelin, font partie de la première cohorte à obtenir ce titre. Sur une douzaine de candidats provenant de partout au Québec, le Haut-Saint-François dispose maintenant de deux enquêteurs spécialisés.

 

M. Cloutier indique que ses nouvelles connaissances lui permettront d'enseigner à ses confrères comment préserver des preuves ainsi que d'observer les signes qui permettent de reconstituer la scène d'un incendie.

 

Si depuis 2000 les pompiers doivent trouver la cause d'un feu, cette formation permettra d'uniformiser les normes en matière d'enquête en Amérique du Nord. «On ne veut pas empêcher les pompiers de faire leur travail. Par contre, s'ils ont à déplacer des meubles, ils peuvent remarquer où ils étaient placés auparavant. Un bureau brûlé sur un coin et non à l'autre nous donnera de précieux indices», explique Éric Cloutier.

 

Par ailleurs, en conservant une banque d'événements sur les causes des incendies, Albert Lemelin mentionne que le répertoire sera détaillé et disponible pour l'association des enquêteurs à la grandeur du Québec. Ceci favorisera donc la collaboration entre les divers services d'incendies. «Oui, on pourra déterminer s'il y a un pyromane dans le secteur. Par exemple, on pourrait aussi observer qu'un appareil électrique fabriqué par une compagnie précise est souvent mis en cause lors d'événements.» Sinon, leur expertise sera aussi utile pour la justice. «Nous pouvons être appelés comme expert témoin lors de procès», souligne Éric Cloutier.

 

Un film pour améliorer la formation

À la suite des 175 heures de formation réalisées, les deux hommes ont remarqué qu'il leur manquait certaines notions. Afin de bonifier le tout, ils ont proposé au responsable du programme Mario Lacombe, Capitaine à Montréal, si un film avec des mises en situation pouvait l'intéresser. Bien entendu, la réponse fut positive.

 

Au même moment, Éric Cloutier a quant à lui entendu parler d'une maison située à Cookshire-Eaton dont le propriétaire voulait la démolir. «La maison était encore habitable! C'est seulement qu'il voulait s'en bâtir une nouvelle sur le terrain de sa mère», explique M. Cloutier.  Bref, tous les éléments concordaient pour que le tournage ait lieu.

 

La sécurité d'abord

Pour cette production, l'équipe a fait appel aux services du réalisateur Pierre L'Espérance, reconnu pour ses courts-métrages dans le domaine de la prévention. «J'avais déjà travaillé avec lui pour un autre projet et je savais qu'il pourrait nous aider», spécifie Albert Lemelin.

 

De prime abord, les deux pompiers voulaient s'assurer que la trentaine de personnes impliquées au tournage soit en sécurité. De ce fait, ils sont fiers de mentionner qu'aucun des participants n'a été blessé.

 

Mises en scène

Puisque la maison était dans un bel état, l'équipe n'a eu qu'à la remeubler pour la mise en scène, sachant très bien que le tout finirait par flamber. «Quand on demande à un vendeur un micro-ondes qui ne fonctionne pas, ça paraît un peu bizarre», déclare Albert Lemelin à la blague.

 

Des acteurs bénévoles se sont prêté au jeu et ont ainsi reconstitué des situations de la vie courante où des incendies peuvent être provoqués. Une casserole oubliée sur le feu, l'huile de la friteuse qui éclabousse et d'autres saynètes ont donc été tournées avant de passer à l'étape finale, soit celle de brûler la maison.

 

Pour cette séquence, une grande préparation était de mise puisqu'il n'y avait pas de possibilités pour recommencer. «C'était là ou jamais», confirme Éric Cloutier. Il ajoute que la scène a été répétée plusieurs fois, telle une chorégraphie, afin que tout soit parfait lorsque le feu serait allumé.

 

Grâce à leur expertise, Albert Lemelin et Éric Cloutier savaient comment le feu se propagerait. Ils ont alors pu diriger l'équipe de tournage et les prévenir des risques potentiels. «Je suis fier de notre travail. Ce que nous avions prévu qui arriverait s'est produit comme tel», mentionne M. Lemelin.

 

Pour la suite

Bien que le film ait été tourné en juillet dernier, il reste encore la longue étape du montage à effectuer. Conscients du travail qu'il reste à accomplir, Messieurs Lemelin et Cloutier espèrent voir leur projet terminé pour le mois de janvier.

 

Photo :

Albert Lemelin et Éric Cloutier sont les initiateurs de ce projet.

 

 


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