La Journée mondiale sans tabac, qui a lieu aujourd'hui, représente une bonne occasion pour faire le point sur la première cause de maladie et de décès évitables dans notre société : le tabagisme.
Le Québec a longtemps fait figure de chef de file dans la lutte contre le tabac. De 1999 à 2005, de nombreuses interventions législatives et de sensibilisation ont contribué à une baisse importante et soutenue du taux de tabagisme.
Or, au cours des sept dernières années, les progrès sont minces : aucune nouvelle mesure d'envergure adoptée par le gouvernement du Québec et une stagnation générale du taux de tabagisme. C'est un bilan décevant face à une épidémie industrielle qui cause 10 400 décès évitables au Québec chaque année. Près de trois Estriens sur dix (12 ans et plus) fument et la proportion est plus significativement élevée que celle du Québec pour les femmes et la population totale. Selon l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC 2009-2010), environ un Estrien sur cinq est exposé à la fumée secondaire à la maison.
Manifestement, le Québec a perdu son statut de leader mondial dans la lutte contre le tabac. Le Québec fait face à d'autres juridictions qui se dotent de moyens pour contrer la nouvelle génération de stratégies de marketing que les compagnies de tabac déploient pour séduire les jeunes : saveurs de fruits ajoutées au tabac, emballages séducteurs, cigarettes ultraminces pour les filles, etc. Au Québec, l'absence de restrictions sur ces nouvelles manoeuvres permet à l'industrie de recruter 30 000 nouveaux jeunes fumeurs tous les ans.
Toutefois, c'est l'absence de règlements face à l'exposition des enfants à la fumée secondaire qui symbolise le mieux le retard du Québec sur le plan mondial. Des centaines de villes et d'états des États-Unis et de l'Australie, des pays entiers comme l'Afrique du Sud et la Finlande et toutes les provinces canadiennes sauf le Québec ont depuis longtemps légiféré pour interdire l'usage du tabac dans les véhicules en présence d'enfants.
Pourtant, le gouvernement sait bien que l'exposition des enfants et adolescents à la fumée de cigarette sur nos routes est un phénomène plus fréquent qu'on le croit. Par exemple, selon l'Enquête sur le tabagisme chez les jeunes, pas moins du quart des élèves du secondaire au Québec (26 %) disent être montés à bord d'une voiture enfumée au cours des sept derniers jours.
L'interdiction de fumer dans une auto en présence d'enfants vise à protéger ceux qui ne peuvent se défendre eux-mêmes, et ce, dans un lieu qui fait déjà l'objet d'une multitude de lois et règlements protégeant les conducteurs, les passagers et le public. Une telle loi serait tout simplement une protection supplémentaire pour les plus vulnérables parmi nous, notamment du fait qu'ils sont plus sensibles aux méfaits de la fumée en raison de leur respiration et métabolisme plus rapides que ceux des adultes.
Après tout, ce sont en grande partie les lois et non pas uniquement le « gros bon sens » qui font que les gens attachent leur ceinture, chaussent leur voiture de pneus d'hiver et installent leur bébé dans un siège pour enfants. L'interdiction de fumer en présence d'enfants renforcera également les efforts de sensibilisation, notamment pour corriger les fausses perceptions à l'égard des dangers et de l'exposition. Par exemple, malgré plusieurs années de campagnes d'éducation, la plupart des conducteurs qui permettent de fumer à bord d'un véhicule le font en croyant à tort qu'ouvrir une fenêtre réduit de manière efficace l'exposition des passagers à la fumée secondaire.
Au même titre que les risques de la route sont réduits par le code de la sécurité routière et par une surveillance policière visible, faisons appel à la législation pour protéger nos citoyens les plus vulnérables contre les effets néfastes de la fumée de tabac. L'interdiction de fumer en voiture est une mesure simple et efficace qui rallie 90 % des Québécois. Il est temps pour le Québec d'agir.
Source : Yan Quirion, conseiller aux établissements