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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau

Mercredi, 15 février 2017

Le deuil québécois de 2012



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Lundi, c’était le cinquième anniversaire du printemps érable.

Lundi, c'était le cinquième anniversaire du printemps érable. Le Québec a connu alors des mois de débats, de tension sociale et une vague de manifestations sans précédent dans l'histoire.

La raison de ce tumulte : la décision du gouvernement libéral de Jean Charest de hausser les frais de scolarité des étudiants à l'université afin que tous puissent payer leur « juste part ».

Aujourd'hui, que reste-t-il de ce printemps étudiant et de ces manifestations où des milliers de Québécois s'improvisaient musiciens de la casserole? Pas grand-chose malheureusement! L'éducation n'est toujours pas notre priorité nationale. Les universités souffrent encore de sous-financement chronique et nos gouvernements n'ont toujours pas changé leur manière de gouverner. Constat d'échec d'un printemps qui n'a pas cédé sa place à un été verdoyant. Introspection sur une crise toute québécoise...

Le fond des choses

Les universités font du lobby auprès du gouvernement. Elles établissent qu'elles sont sous-financées par rapport à leurs vis-à-vis au Canada. Elles crient famine et prédisent des jours malheureux au Québec sur le plan de son développement économique. Dans une économie du savoir, l'éducation, la formation et la recherche sont des outils essentiels pour assurer le développement économique.

Le gouvernement libéral de l'époque s'était engagé au printemps 2010 à hausser les droits de scolarité des étudiants universitaires. Puis le 11 mars 2012, le ministre des Finances sous le gouvernement Charest, Raymond Bachand, avait donné les couleurs du gouvernement libéral en faisant son discours du budget autour de la notion de « payer sa juste part ».

Les associations étudiantes morcelées en trois associations se sont préparées à la résistance. La CLASSE entre autres, regroupement radical, voulait non seulement s'opposer à toute hausse des frais de scolarité, mais souhaitait également remodeler toute la société. Les germes de la crise étaient présents.

Face à cette résistance des étudiantes et des étudiants et devant la volonté sourde, mais implacable du premier ministre Jean Charest de ne pas céder à la pression de la rue, le Québec a eu droit à l'une des pires crises sociales de son histoire. La suite de l'histoire est bien connue de tous. Manifestations, violence policière, violence anarchiste où tout cela a culminé avec les incidents de Victoriaville et s'est terminé par l'adoption d'une loi spéciale suspendant les droits et les libertés des citoyens tout particulièrement leur liberté d'association et de manifestation.

La loi 78 est l'une des pires lois jamais adoptées par un gouvernement québécois en regard de nos droits et libertés. J'avais à l'époque écrit une lettre d'opinion dans le journal La Presse, lettre qui a connu une large diffusion sur les réseaux sociaux qui dénonçait cette Loi inique, lettre intitulée : Que sont devenus les libéraux? Dans cette opinion longuement réfléchie, je disais ne plus reconnaître le parti libéral du Québec et j'appelais à la résistance à cette loi. Cela a alors consacré ma rupture avec ma famille politique. Un véritable deuil. J'y ai perdu des amis et mes rapports avec bien des gens s'en sont trouvés transformés à tout jamais. Sachez que si c'était à refaire, je referais la même chose.

Cela a changé quoi?

Cinq ans après, les choses se sont empirées concernant le financement des universités. Les coupes budgétaires se sont amplifiées. L'éducation est toujours l'enfant pauvre de nos préoccupations collectives. Le taux de diplomation de nos universités ne s'est pas amélioré, nous ne nous illustrons pas plus qu'avant en matière de recherche et l'accessibilité aux études universitaires ne s'est pas améliorée. La gouvernance du Québec demeure ce qu'elle a toujours été laissant peu de place à de nouvelles façons de faire et le dialogue social est toujours aussi difficile. Le printemps étudiant, moment de grande promesse pour bien des gens, ne fut qu'une crise sociale et n'a pas contribué à faire de nous une société plus mature et plus apte au dialogue. Bien sûr, les étudiants ont gagné.

Leurs porte-paroles sont devenus des vedettes médiatiques et le parti libéral de Jean Charest a perdu ses élections aux mains de Pauline Marois et du PQ. Nous n'avons toujours pas discuté et réglementé le droit de grève des étudiants dans nos institutions collégiales et universitaires. Pire encore, cinq ans après, les principaux acteurs de cette crise du côté du gouvernement de Jean Charest refusent d'en parler et d'en tirer les leçons et les enseignements utiles. Malaise...

L'avenir

Pourtant, il est urgent que nous puissions avancer en matière de financement de l'enseignement supérieur. Il faut que nous soyons capables de faire preuve de résilience et de remettre à l'ordre du jour la question du financement des universités et la part que doivent payer les étudiantes et les étudiants par le biais de leurs frais de scolarité. Il faut se rendre à l'évidence, le Québec n'a pas les moyens financiers d'accorder la gratuité scolaire à tous. Cela c'est la réalité. Nous avons au Québec de larges pans de programmes pour soutenir les plus pauvres d'entre nous, mais nous peinons à les maintenir à cause de notre richesse relative et des transformations de l'économie. Chez nous, le slogan du 1 % contre les 99 % n'a pas la même vérité. Même si l'on imposait à 100 % tous les revenus de plus de 250 000 $, nous serions incapables de financer des programmes sociaux et de santé plus généreux. Nous n'avons pas suffisamment de riches au Québec.

C'est pourquoi il faut que nous fassions preuve de créativité et d'originalité. Il faut réinventer le financement de nos universités et décider de la part que devront payer les étudiants. Le cinquième anniversaire du printemps érable devrait nous conduire à l'établissement d'un nouveau dialogue social autour de l'avenir et du financement de nos universités. Un dialogue où nous serons capables de mettre de côté les slogans faciles des radicaux importés d'autres réalités qui nous sont étrangères. Il faut que le Québec retrouve son sens de la solidarité. Pour ce faire, il serait important que les acteurs de cette crise sans précédent dans l'histoire du Québec acceptent d'en tirer les leçons. Ce qui à l'évidence ne semble pas encore le cas, si l'on prend comme mesure leur mutisme sur la question. Il faut faire appel à notre résilience pour tirer les conclusions appropriées de ce grand deuil québécois de 2012...


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