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CHRONIQUEURS /
Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 9 décembre 2013

Cancer du colon?



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L'image me vient de Lynda Lemay. Sa chanson « gros colon » me fait sourire. Elle parle de ce type de gars grossier. L'éléphant dans la boutique de porcelaine. Vous savez, celui dit qui dit trop haut ce qu'il croit que tout le monde pense trop bas, alors que ce que les gens veulent dire, souvent, c'est ferme-la donc!

Le type colon.

Rob Ford représente bien la race. Le plus troublant, c'est que plus on en rajoute sur le tas de preuves qui s'accumule contre lui, plus il semble aimé d'une couche de ses concitoyens. Les gens se ruent sur lui, pas pour manifester leur colère, mais bien pour se faire photographier avec lui!

J'entends déjà quelqu'un dire : « lui, il dit les vraies affaires! » Je colle au plafond quand j'entends cette phrase.

Mais c'est quoi, cet engouement pour le nivellement par le bas?

Rob Ford est un cas à cent piastres, comme le disaient nos aînés. Mais il y en a plein autour. Pas tous des Rob Ford, mais tous des élus qui nivellent par le bas. Qui se réclament du bon peuple. Qui disent dire les vraies affaires. Autant régler cela tout de suite, dire les vraies affaires, dans leur bouche, c'est dire n'importe quoi pour donner l'impression qu'ils sont de braves héros qui bouleverseront à eux seuls l'histoire du Québec.

Quand Coderre parle de David Desharnais sur Tweeter, c'est con. Mais pas si grave. C'est quand il s'explique que ça se complique. Vous lui demandez si ses responsabilités de maire de Montréal n'impliquent pas une certaine réserve dans les propos publics? « Je vais continuer à dire tout ce que je pense. Je suis authentique, moi! »

Authentique... Foutaise! Ce n'est pas être authentique que ne pas mettre ses devoirs et responsabilités en relief quand on cause en public. À ce compte-là, je peux foncer partout avec ma voiture en disant : « Ça me tentait! Je suis authentique, moi! » Et on devait me répondre : « AH! Bien c'est correct d'abord, continue! J'avais pas réalisé ton authenticité! »

Samedi, en entrevue sur le dossier du pont Champlain, on demande à Coderre s'il peut influencer les choses auprès du Fédéral qui est maître d'œuvre du projet. « Oui », répond-il. Le journaliste insiste un peu en demandant si le poids du maire de Montréal (au sens figuré, j'entends) peut faire pencher la balance face à la grosse machine fédérale. Le maire y va d'une métaphore : « Ce n'est pas la grosseur de la hache qui compte, c'est la swing dans le manche! » Phrase colorée, qui fait sourire, mais qui ne dit rien. Quiconque a déjà attaqué un rondin de bois franc pour le fendre à la hache sait que si la hache est trop petite, la swing dans le manche ne compensera pas... Mais l'image marque et fait sourire. Et on se dit qu'on a donc un bon maire.

Personnellement, à la fin de l'entrevue, je me suis demandé ce qui avait été vraiment dit. Rien. 

Le maire Labeaume est pareil. Il disait visiter le chantier de son Colisée chaque jour pour voir l'évolution des travaux et pour rassurer les citoyens sur les éventuels dépassements de coût.  Un peu ridicule, techniquement, quand même. Qu'est-ce que sa visite peut bien changer? Rien et tout, en fait. Rien sur le chantier, mais tout dans l'opinion publique. Celle-là  même qui retourne chez elle en se disant : « Mon bon maire qui dit les vraies affaires s'occupe de tout. Pas besoin des autres conseillers et pas besoin, surtout, que je m'en occupe, moi, comme citoyen-payeur-de-taxes ».

Car c'est ça la plus grande force des maires hyper populistes. Ils ont le tour de se ramener à un niveau tel que les électeurs se rendorment en disant : « Bon, quelqu'un s'en occupe, moi, je regarde ailleurs ma petite pelouse. »

C'est souvent là que tout dérape.

Quand le maire de Saguenay décide, comme il vient de le faire, de tenir les séances du conseil municipal sur l'heure du midi, parce que, dit-il, c'est facilitant, il vient de bâillonner l'électorat et la possibilité que les citoyens suivent les travaux.  Quand on lui fait remarquer la chose, il répond avec un revers de main évident : bof, si ça fait pas on verra!

J'entends, en musique de fond, la chanson de Lynda Lemay.

Sous ces allures colorées de « diseux » de vraies affaires, ce sont, visiblement, les pires démocrates. Il faut qu'on soit désillusionnés de la politique pour descendre si bas.

Poussez ce phénomène plus loin, et vous arrivez à l'attitude Harper qui bâillonne tous les travaux, présente des projets de loi mammouth dont on ne doute pas du contenu et manipule allègrement les processus décisionnels. 

Le cancer est pris dans la démocratie. Mais un cancer qui se soigne. Ce sera à nous d'y voir.

Mais pas avec un taux de participation de 40% aux élections municipales... 

Clin d'œil de la semaine

Tel père, tel fils. Tel maire, tel vice...

 


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