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Mardi, 21 février 2012

L'écornifleur


21 février 2012

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Un chauffeur au grand coeur

Voilà vingt ans, je conduisais un taxi pour gagner ma vie. Lorsque je suis arrivé à 02h30 a.m., l'immeuble était sombre, excepté une simple lumière dans une fenêtre du rez-de-chaussée. Dans ces circonstances, plusieurs chauffeurs auraient seulement klaxonné une ou deux fois, attendu une minute et seraient repartis. Mais, j'avais vu trop de gens démunis qui dépendaient des taxis comme leur seul moyen de transport. À moins qu'une situation sente le danger, je suis toujours allé à la porte. Cette passagère pourrait être quelqu'un qui a besoin de mon aide, ce que j'ai pensé en moi-même. Alors j'ai marché jusqu'à la porte et j'ai frappé.

''Juste une minute'', a répondu une voix fragile d'un certain âge. Je pouvais entendre quelque chose qui était traîné lentement sur le plancher. Après une longue pause, la porte s'est ouverte. Une petite femme dans les 80 ans se tenait devant moi.  Elle portait une robe imprimée et un chapeau sans bord avec un voile épinglé dessus, comme quelqu'un sorti d'un film de 1940. À ses côtés, il y avait une petite valise de nylon. L'appartement semblait comme si personne n'avait vécu dedans depuis des années. Tous les meubles étaient recouverts de draps. Il n'y avait pas d'horloges sur les murs, pas d'objets de décoration ou d'ustensiles sur les comptoirs. Dans le coin, il y avait une boîte de carton remplie de photos et de verres.

'Voudriez-vous porter mes bagages à l'auto?' Elle a demandé.
J'ai apporté la valise jusqu'au taxi, puis je suis retourné vers la femme. Elle a pris mon bras et nous avons marché lentement vers le trottoir. Elle continuait de me remercier pour ma gentillesse.
'C'est rien', je lui ai dit. 'J'essaie simplement de traiter mes passagers de la façon que je voudrais que ma mère soit traitée'.
'Oh, vous êtes le genre de bon garçon', elle a dit.

Quand nous sommes montés dans le taxi, elle m'a donné une adresse, puis a demandé, 'Pourriez-vous me conduire en ville?'  
'Ce n'est pas le chemin le plus court, 'J'ai répondu vitement.
'Oh, ça ne me dérange pas, 'elle a dit. 'Je ne suis pas pressée. Je suis en route pour un hospice'.  
J'ai regardé dans le rétroviseur arrière. Ses yeux scintillaient.
'Il ne me reste pas de famille', elle a continué. 'Le docteur dit que je n'en ai pas pour longtemps.' 
J'ai tranquillement éteint le compteur et je l'ai écoutée.
'Quelle route voudriez-vous que je prenne?' J'ai demandé.

Pendant les deux heures suivantes, nous sommes allés dans la ville. Elle m'a montré les édifices où elle avait travaillé auparavant comme opératrice d'élévateur. Nous sommes allés dans le quartier où elle et son mari avaient vécu quand ils étaient nouvellement mariés.  Elle m'a fait arrêté en avant d'un entrepôt de meubles qui avait été une salle de danse où elle avait été danser quand elle était fille. Quelquefois, elle me demandait de ralentir en avant d'un immeuble particulier ou d'un coin et s'assoyait en fixant la noirceur, ne disant rien.

Comme la première lueur du soleil se repliait à l'horizon, elle a soudainement dit,  'Je suis fatiguée. Allons-y maintenant.'

'Nous sommes allés en silence jusqu'à l'adresse qu'elle m'avait donnée. C'était un édifice bas, comme un petit foyer de convalescence, avec un stationnement qui passait sous un portique. Deux infirmiers sont sortis jusqu'au taxi aussitôt que nous sommes arrêtés. Ils étaient soucieux et prévoyants, surveillant chacun de ses mouvements. Ils devaient l'attendre. J'ai ouvert la malle de la voiture et pris la petite valise jusqu'à la porte. La femme a été dès ce moment assise dans une chaise roulante.  

'Combien je vous dois?'  elle a demandé, cherchant dans sa bourse.
'Rien,' j'ai dit.  
'Vous devez gagner votre vie,' elle a répondu.
'Il y a d'autres passagers,' j'ai répondu.
Presque sans penser, je me suis penché et l'ai serré dans mes bras. Elle s'est tenue sur moi étroitement.
'Vous avez donné à une vieille femme un petit moment de joie, Merci.' me dit-elle
Je lui ai serré la main, puis j'ai marché dans la faible lumière du matin.  Derrière moi, une porte s'est refermée. 

C'était le son de la fermeture d'une vie.

Je n'ai pas pris d'autres passagers sur ce quart de travail. J'ai conduit sans but, perdu en pensées. Pour le reste de la journée, je pouvais difficilement parler.

Et si cette femme avait pris un chauffeur fâché, ou quelqu'un qui était impatient de finir son quart de travail? Et si j'avais refusé de prendre cette course, ou j'avais klaxonné une fois, puis reparti? D'une révision rapide, je ne pense pas que j'ai fait quelque chose de plus important dans ma vie.  

Nous sommes conditionnés à penser que nos vies circulent autour des grands moments. Mais les grands moments souvent nous saisissent sans que nous soyons au courant, magnifiquement emballés de ce que les autres peuvent penser petit.


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