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JOURNAL LE HAUT-SAINT-FRANÇOIS / Actualité
Jean-Claude Vézina Par Jean-Claude Vézina
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Jeudi, 10 octobre 2013

Les réalités de la vie sur le spectre de l'autisme



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À l'occasion du mois d'avril consacré à l'autisme, Pierre Genest-Denis, de Cookshire, a présenté, à la Brûlerie de café de Lennoxville, un portrait des hauts et des bas de sa vie avec le syndrome d'Asperger et les troubles envahissants du développement (TED). Il en connaît un rayon, lui qui a dû franchir monts et vaux, de l'enfance à la maturité, avant de maîtriser les différents secteurs du IGA de Cookshire. La conférence qu'il a donnée aux jeunes adultes anglophones portait sur ce sujet.

« Seul 1 % de la population en est affecté et on dénombre quelque 8 400 TED au Québec », apprend-on du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (CRDITED). Pierre appartient à ce groupe restreint. Malgré les nombreux problèmes sociaux et professionnels que cela entraîne, il a voulu appartenir à la collectivité de ceux qui s'adaptent. « J'ai eu la chance d'avoir un bon milieu familial », reconnaît-il, lui qui a su orchestrer sa vie de façon à réussir.

Pierre témoigne avec fierté de son cheminement. Ayant vécu sans modèle, il a dû, dès l'enfance, se bâtir une carapace pour ne pas souffrir et succomber au stress, à l'anxiété et à la dépression qu'il a souvent côtoyés. Inconnu des enseignants et des jeunes qui l'entouraient, ce syndrome l'a marginalisé. Il se remémore les efforts que son père, Gilles Denis, a dû déployer pour qu'il termine son primaire. Malgré tout, il a cheminé jusqu'au collégial. Mais tous les changements de routine créaient d'intenses détresses.

Pierre a dû développer des habitudes de vie strictes et constantes pour déterminer les automatismes qui le font sortir de sa « bulle », de la cage de verre qui l'emprisonne. Donnant l'exemple du jeu électronique War Craft, il en jouait sans interruption et il était devenu si performant qu'il a pris la tête d'un groupe d'une cinquantaine de jeunes. Les heures du jour ou de la nuit lui étaient indifférentes tant il était concentré.

Vers l'âge de 16 ans, il est allé dans l'Ouest canadien parfaire son anglais. Il a trouvé du travail dans un centre consacré aux handicapés, dont quelques-uns comme le sien. Volontairement, il n'avait pas mentionné son handicap pour avoir plus de chance d'occuper un emploi. À la fin de son été, il a demandé à la direction si elle l'aurait embauché s'il avait déclaré son TED. La réponse négative l'a réconforté puisqu'on le considérait comme « normal ».

Un agenda structuré, des tâches routinières bien définies, tels sont les « remèdes » qu'emploie Pierre pour fonctionner. Il lui a fallu un certain temps pour maîtriser cet outil de travail. C'est le moyen qu'il a utilisé pour éviter de « flasher », de s'enfermer dans une seule activité qui le coupe de toutes les autres réalités. Reste cependant qu'il peut difficilement prendre des vacances pour décrocher tout à fait. « Mes loisirs, c'est mon travail, c'est la lecture des états de compte et des résultats », confie-t-il.

La vie n'est pas facile pour autant. Conscient de ses difficultés à interagir avec les autres, il explique: « L'amitié ne s'intègre pas dans mon horaire; je ne suis pas capable de me mettre à la place de l'autre, de comprendre ses états d'âme, ce qui me cause bien des soucis ».

S'il a porté son message à d'autres jeunes affectés de semblables syndromes, c'est qu'il est conscient de ses forces et de ses faiblesses. Il sait qu'on peut les transformer, les intégrer dans une vie active et magnifier les intérêts de chacun pour les permuter en facteurs de changement. « Ça peut sembler prétentieux, mais c'est comme ça que je veux le présenter. »
Le syndrome d'Asperger, grossièrement décrit, est un handicap invisible, un autisme de haut niveau qui se caractérise par des intérêts et des comportements qui présentent un caractère restreint, stéréotypé et répétitif. De grands personnages ont « profité » du pouvoir de concentration et de mémoire inhérent à ce dernier pour élargir les connaissances et produire des chefs-d'œuvre, entre autres, Mozart, le pianiste Glen Gould, Bobby Fisher aux échecs, Marie Curie et Albert Einstein, en science, n'en sont que quelques illustres représentants.

Ann Marcoux, agente d'intégration socioprofessionnelle, rappelait que cette initiative avait été planifiée par le service d'intégration socioprofessionnelle et le service d'adaptation/réadaptation aux personnes vivant sous le spectre de l'autisme du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (CRDITED), en partenariat avec le CSSS-IUGS de Sherbrooke, les services complémentaires du Eastern Township School board (ETSB) et le comité des usagers du CADI.


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