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JOURNAL LE HAUT-SAINT-FRANÇOIS / La une
Jean-Claude Vézina Par Jean-Claude Vézina
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Mardi, 22 novembre 2011

Claudette et Benoît Labbé, pépiniéristes depuis près de 40 ans



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En 1973, Benoît Labbé plantait ses premiers sapins pour la production d'arbres de Noël. Il venait d'acheter une ferme de 80 acres sur le chemin Lisée de Weedon, secteur Fontainebleau. Quelque 35 ans plus tard, il expédie bon an mal an, de l'Ontario au New Jersey, sans oublier le Québec, entre 25 000 et 30 000 arbres. «La production a déjà été plus forte, mais maintenant, c'est ce que j'expédie», confirme M. Labbé. Cette année, les expéditions contiennent environ 30 % de sapins Fraser et le reste est en sapins Baumier.

La vocation ancestrale de la ferme laitière s'est transformée, devenant pépinière. «Les sols dans notre région ne sont pas propices à la grande agriculture. Trop de roches», résumait-il. «Sur les 7 ou 8 fermes cultivées dans le rang Lisée, il ne reste que notre exploitation qui est en production», fait-il remarquer.

Ces fermes, quand les propriétaires les abandonnent c'est qu'ils sont trop âgés ou en absence de relève. Les sols retournent en friche. En les récupérant pour l'industrie annuelle des fêtes, les pépiniéristes créent des emplois directs et indirects. À la ferme Claudette et Benoît Labbé, on embauche de 6 à 10 employés saisonniers selon les corvées à accomplir comme le nettoyage, l'épandage d'engrais, la taille, la récolte et le chargement des camions.

En copropriété avec son épouse Claudette, ils exploitent aujourd'hui quelque 1 600 acres dont une partie se trouve sur la route 112 près de Weedon. M. Labbé délaissait, en 1984, son emploi de technicien en forage chez Lavallin pour se consacrer à leur nouvelle carrière de pépiniéristes. L'entreprise produit environ 350 000 arbres.

Le travail de pépiniériste n'est pas de tout repos ni n'est rentable les premières années. «Il faut 10 ans avant qu'on puisse récolter un sapin et beaucoup d'investissement», explique M. Labbé. « Si j'avais choisi de planter des arbres pour le billot, ça aurait été mes descendants qui auraient profité de l'investissement», ajoute-t-il. En 1984, il a pu vivre des revenus de son entreprise. En 1986, il bâtissait leur maison dans le rang Lisée.

«Cet automne, on manque de pluie pour la récolte. Il faut protéger beaucoup plus nos sapins. Il faut éviter de les exposer au soleil et au vent pour qu'ils gardent leur belle apparence», explique le propriétaire. Ce n'est pas le seul problème qui nuit à cette industrie. En 1987, pour l'exemple, un gel printanier tardif a «brulé» les bourgeons. S'ajoutent à ces risques les castors qui inondent de grandes parcelles de terrain, les chevreuils qui mangent les nouveaux bourgeons. «J'ai eu jusqu'à 200 000 $ de perte, une année», rapporte-t-il.

Ce chiffre peut sembler imposant et laisser paraître de gros revenus, mais le coût des intrants, tels les engrais chimiques, herbicides, fongicides et autres produits utilisés pour favoriser la croissance de l'arbre, occupe un poste important dans la gestion de l'entreprise. Les fonds de terre et les salaires s'additionnent.

M. Labbé souhaite transférer ses propriétés à son fils Hugues. Pour l'instant, le jeune homme continue d'être sapeur-pompier à Montréal. Plus tard, les transactions pourront se faire. «Il est très difficile de transférer les propriétés agricoles aux enfants», déplore M. Labbé. «Il faut que le gouvernement revoie cette politique qui fait en sorte qu'il est plus facile et rentable de vendre ses propriétés à des étrangers qu'à ses enfants», qu'il ajoute.

M. Labbé explique que sa clientèle est fidèle. «Quand nos sapins sont toujours beaux, les détaillants nous gardent comme fournisseurs, malgré la compétition nouvelle des producteurs de la Nouvelle-Angleterre. Comme les Américains ont une politique protectionniste, il devient plus difficile de vendre aux États-Unis. Il y a aussi les grossistes qui achètent en grande quantité des arbres de moindre qualité et ils tendent à vouloir inonder le marché. Le taux de change entre aussi en ligne de compte. Cette année, les transactions se font au pair parce que les écarts ne sont pas trop disparates. Sa production est expédiée en Ontario, au Québec, au New Jersey, à New York et à Boston.

Dans la MRC du Haut-Saint-François (HSF), selon les statistiques fournies par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ), direction générale de l'Estrie, 2010, la production d'arbres de Noël vit la décroissance. De 47 producteurs qui opéraient en 1997 sur 4396 ha de terrain, il n'en reste que 32 qui utilisaient 1 862 ha en 2007. La MRC du HSF possède plus de 35 % de la superficie de sapins de Noël dans l'Estrie, ce qui représente 8,4 % de la surface totale en culture pour la même année.

Benoît Labbé supervise le travail de ses employés qui emballent les sapins en vue de les expédier vers ses détaillants dispersés de l'Ontario jusqu'au New Jersey.


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