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JOURNAL LE HAUT-SAINT-FRANÇOIS / La une
Jean-Claude Vézina Par Jean-Claude Vézina
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Mercredi, 15 juin 2011

Les Graham, encanteurs de père en fils


15 juin 2011

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Harry Graham a vu passer, pendant 50 ans, bien du bétail, des antiquités et autres objets qu'il vendait, à titre de commissaire-priseur, plus communément appelé encanteur au Québec. Celui qui a pris sa retraite depuis 5 ans en a présenté des vaches, veaux, chevaux. Il annonçait la progression de leur prix dans le jargon spécifique de sa profession, incompréhensible au non-initié, mais qui sonne comme de la musique dans cet univers mercantile.

Il pratiquait son métier tout en étant éleveur. À 18 ans, il avait acheté la terre de son père, un des premiers arrivés à Sawyerville. La maison ancestrale, située dans le village, est devenue un B & B. Il a élevé du Hereford, de la Black Angus et d'autres races d'animaux à boeuf. Avec sa famille, il a participé à beaucoup d'expositions agricoles. Pendant un bout de temps, il a fièrement paradé avec «Grand-Duc», un bouvillon grand champion qui a concouru jusqu'en Ontario.

«Pour encanter, il faut s'en tenir à trois grandes qualités», expliquait M. Graham. «Être honnête, voir à la satisfaction de ceux qui font encan et des acheteurs, et surtout payer intégralement celui qui fait encan; j'ai toujours donné leur dû aux vendeurs dès la fin des transactions», soulignait-il.
M. Graham a commencé à encanter en 1963. Peu après, il a acheté une vieille étable à Bury où il y a pratiqué son art pendant une trentaine d'années. Il se déplaçait aussi chez les fermiers ou les éleveurs qui fermaient boutique. Il n'a pas écoulé que du bétail. Il proposait aussi du mobilier domestique, des antiquités, etc.

Il se rappelait quelques beaux encans, dont celui qu'il avait réalisé pour le docteur Winder, de Lennoxville. Il lui avait demandé de vendre tout ce que contenaient les 16 pièces de sa maison. «Cinq jours que l'encan a duré», se remémorait son épouse Janice. Elle avait participé à l'inventaire des biens, à la rédaction des avis détaillant tout ce qui était mis en vente. Elle a toujours assisté son mari. «Jan, comme il la surnomme, m'a donné un bon coup de main lors des encans».

Mme Graham se rappelle une anecdote particulièrement savoureuse. Elle avait trouvé sous un escalier un couteau à l'aspect particulier. Les mises ont débuté à 75 $. Il s'est vendu 750 $. Des antiquaires avaient reconnu ce couteau comme un artefact de la guerre civile américaine et les enchères, entre spécialistes, ont rapidement monté.

Dernièrement, M. Graham a liquidé ses quelque 70 têtes de bétail. Il a chargé son fils Scott de procéder à l'encan. Scott a suivi une formation spéciale d'encanteur en Ontario. Il a perfectionné son français pour offrir ses services dans les deux langues. «Il était tendu, rappelle sa mère, mais l'encan s'est bien déroulé et les prix obtenus ont été très bons». Il faut dire que le troupeau de M. Graham était reconnu pour sa qualité. À la fin des enchères, Mme Graham s'est procuré trois bouteilles d'Irish Coffee pour agrémenter le café des acheteurs, en signe de reconnaissance.

En 1986, Scott, un des fils d'Harry et Janice, a repris la ferme. Il continue d'y pratiquer l'élevage. Avec sa femme et ses enfants, il poursuit, depuis 1996, la tradition d'encanteur de la famille. Sa mère se souvient de son premier encan. «À la fin, Scott a reçu des applaudissements de la part des acheteurs».

Scott parle de sa profession avec passion. «C'est le travail d'équipe qui compte le plus. Si tu as des gars déterminés à acheminer le bétail dans les «boxes» pour que les acheteurs n'attendent pas, ça donne une bonne impression», expliquait-il. Contrairement au passé, il faut remplir beaucoup de paperasse pour les gouvernements. Les animaux doivent avoir tous leur «tag», ce morceau de plastique qui les identifie. Il doit s'assurer de leur bonne santé, surtout s'il vend des femelles en gestation. «Les acheteurs veulent savoir quand elles vont mettre bas», confirmait-il.

Le métier d'éleveur a changé beaucoup constate-t-il. «L'âge moyen de ces derniers tourne autour de 55 ans. Il y a peu de relève parce que le prix du bœuf a beaucoup diminué. La viande de l'Amérique du Sud est moins chère que celle d'ici», déclare-t-il. Est-ce qu'un de ses enfants reprendra la ferme et poursuivra la tradition familiale? Il ne le sait pas! Pour l'instant, il ne le pense pas, mais ils sont encore jeunes.

La grande famille Graham est bien pourvue de talent. Janice joue du piano d'une façon merveilleuse. Autodidacte, elle a enregistré 7 disques laser de ses impromptus, de ses adaptations de pièces connues. Son style particulier donne de l'amplitude à sa musique. Elle est remplie de circonvolutions, d'arabesques exécutées d'une agile main gauche qui s'amuse dans les octaves graves du clavier. Avant de partir, Mme Graham racontait qu'elle en joue le soir pour aider son mari, sérieusement atteint d'arthrite, à s'endormir.

Photo :
Portant des lunettes fumées, Harry Graham accompagnait son fils Scott lors de l'encan de ses animaux.


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