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JOURNAL LE HAUT-SAINT-FRANÇOIS / La une
Jean-Claude Vézina Par Jean-Claude Vézina
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Mercredi, 9 février 2011

Karité Delapointe de Bury, un exemple de coopération internationale réussi


9 février 2011

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Karité Delapointe, petite entreprise de commerce équitable et transformateur, importe du Burkina Faso de «l'or vert» certifié biologique qui entre dans la fabrication de produits pour les soins du corps. Située sur la ferme Delapointe de Bury, la micro-usine de Praxède Lévesque-Lapointe utilise le beurre de karité. C'est une source de richesse pour les femmes burkinabées, seules responsables du bien-être de leur famille qui doivent, sans cet apport pécuniaire, vivre avec des revenus variant entre 1 $ à 3 $ par jour.

Vers la fin de 1990, Daniel Lapointe, mari de Praxède, doit cesser la production laitière. C'est alors qu'il se tourne vers la coopération internationale. Fort d'une formation d'agronome, il entreprend un stage de huit mois au Burkina Faso où il confirme sa volonté de soutenir la production de beurre de karité, production exclusive des femmes de là-bas. Les deux premières années, il décide d'en importer une demi-tonne pour tester le marché. «De la façon dont les femmes font le beurre à Léo, bourgade du Burkina-Faso, c'est magique. C'est d'elles qu'on l'achètera», disait M. Lapointe.

Le karité, arbre africain, produit une noix de laquelle on extrait l'amande qui produira le beurre. Il faut 15 étapes harassantes pour en arriver à réaliser ce produit aux propriétés uniques qui entre dans des lotions et des crèmes pour les soins de la peau. Là-bas en Afrique, on l'utilise exclusivement pour frire les aliments et pour en faire l'exportation alors qu'ici, il en coûterait une fortune pour ce faire.

En 2007, après la mort de son mari, Mme Lévesque-Lapointe décide de poursuivre son œuvre. Le Centre d'étude et de coopération internationale (CECI) l'appuie dans sa démarche. Cette année-là, elle en importa neuf tonnes. En 2009, l'entrepreneure va rencontrer les femmes productrices pour leur parler du respect de la qualité du produit et du volume indiqué et surtout pour leur faire connaître les exigences nord-américaines. Elle voulait découvrir sur place le karité pour le promouvoir ici et faire en sorte qu'on en vienne à «avoir un pot de karité par famille». Depuis ce temps, elle en importe annuellement quelque 18 tonnes, produit certifié biologique. Pour s'assurer que le beurre réponde aux exigences de la certification, elle achète la production qui se fait loin des grandes cultures de coton, entre autres.

De la cueillette à la filtration du produit final, tout se faisait à la main selon des techniques ancestrales. Depuis que les relations de commerce équitable sont conclues, Mme Lévesque-Lapointe a introduit quelques outils: entre autres, un système de filtration du sirop d'érable fait des merveilles avec le beurre de karité. «L'outillage, explique-t-elle, doit tenir compte des énergies et des matériaux disponibles sur place. La presse utilisée pour le sirop d'érable est un système simple qui ne nécessite pas de filtre. «Quand le beurre de karité est chaud, il coule comme le sirop d'érable. Il est filtré trois fois dans la presse que nous avons apportée. La qualité du produit fini est excellente», mentionne-t-elle.

Le beurre qu'elle utilise, elle le paie trois fois plus cher que la valeur marchande. Elle fonctionne dans cet esprit qui lui est cher, le commerce équitable. Ce faisant, les revenus sont meilleurs pour les femmes qui sont les seules responsables de la qualité de vie de leur famille. Le GPPK (groupement des producteurs et productrices de beurre de karité) regroupe quelque 3 000 femmes productrices provenant de plus de trente villages. Depuis ces quelques années, le mieux-être collectif s'est amélioré. Les parents peuvent payer pour envoyer leurs enfants à l'école, entre autres. Témoin aussi, cette femme, veuve, qui par le travail qu'elle fait à la coopérative, peut entretenir sa famille plutôt que mendier. «Le karité, c'est le mari des veuves et le père des orphelins», affirmait Abibata Ido, dont le mari est mort en 2003.

Dans sa maison de Bury, Mme Lévesque-Lapointe transforme le beurre en sous-produit pour les soins de la peau. Quatre gammes de baume corporel et pour les lèvres ainsi que des savons sont disponibles au naturel ou aromatisés à la canneberge, à la lavande ou à la menthe. Le karité hydrate, soulage les démangeaisons, favorise la cicatrisation tout en protégeant des effets du vieillissement et prévient les vergetures. Avec un équipement relativement simple et l'aide d'une personne employée à temps partiel, elle met en bâtonnets, en pots ou en pains de savon un produit de qualité. Le savon contient à lui seul 50 % de beurre.

La transformatrice veut sensibiliser la population nord-américaine aux impacts positifs du commerce équitable. Pour y arriver, Karité Delapointe travaille en collaboration avec des dizaines d'entreprises de certification biologique, équitable et d'organismes qui promeuvent la coopération internationale. L'entreprise donne 1 000 $ pour permettre à des orphelins de joindre les rangs des écoliers. En 2008, le CECI, fort des résultats obtenus par Karité Delapointe, l'a récompensé pour son travail.

Photo :
Nous apercevons Praxède Lévesque-Lapointe et Clothilde Ménard, présentant différents produits à base de beurre de karité.


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